( AFP / RALF HIRSCHBERGER )
De nombreuses procédures judiciaires ont été engagées aux Etats-Unis contre l'industrie pétrolière - des plaintes à plusieurs milliards de dollars qui se fondent de plus en plus sur l'établissement d'un lien entre un événement météorologique extrême particulier et le réchauffement climatique.
Vagues de chaleur, inondations... l'industrie pétrolière pourrait-elle être bientôt jugée responsable ? Ces actions en justice liées au climat, nombreuses aux Etats-Unis, reposent de plus en plus sur une question : un événement météorologique extrême peut-il être attribué au changement climatique d'origine humaine ? Un rapport publié jeudi 16 juillet par un organisme scientifique de renom répond par l'affirmative concernant les vagues de chaleur ou les pluies diluviennes, avec un degré de confiance élevé. L'attribution reste en revanche beaucoup plus incertaine pour d'autres événements, tels que les orages violents ou les tornades. Il s'agit du second volet d'une première version publiée en 2016.
Ces nouvelles conclusions, publiées par les Académies nationales des Sciences, de l'Ingénierie et de la Médecine vont toutefois très probablement constituer de nouvelles pièces à conviction dans nombre de procédures judiciaires engagées aux Etats-Unis contre l'industrie pétrolière. Ces plaintes à plusieurs milliards de dollars se fondent de plus en plus sur l'établissement d'un lien entre un événement météorologique extrême particulier et le réchauffement climatique.
De "gros progrès ont été faits sur ces dix dernières années, avec des avancées importantes sur les méthodes et la modélisation qui permettent des études plus robustes sur les événements extrêmes", résume le professeur Jim Hurrell, qui a dirigé l'équipe de scientifiques derrière le rapport. La publication de cette institution indépendante intervient au moment où le gouvernement de Donald Trump démonte méthodiquement la régulation environnementale américaine, allant jusqu'à remettre en cause la responsabilité même de la combustion des énergies fossiles dans le réchauffement du climat.
De nombreuses avancées scientifiques depuis 2016
La communauté scientifique n'a, elle, aucun doute : le changement climatique modifie la fréquence et l'intensité de nombre d'événements météorologiques extrêmes, des ouragans aux canicules. Mais la science de l'attribution, sur laquelle repose ce rapport de 254 pages, cherche à aller au-delà des tendances générales pour étudier des événements précis, comme le fait le groupe international de scientifiques du World Weather Attribution (WWA). La méthode consiste à comparer la probabilité et l'intensité de l'événement qui s'est effectivement déroulé avec un scénario situé dans un monde sans changement climatique d'origine anthropique.
Le rapport publié jeudi montre que ces études se sont grandement améliorées depuis la publication de 2016 en raison de nombreuses avancées sur la physique, les données d'observation par satellite et radar, les méthodes statistiques et les outils de modélisation. "Les modèles que nous utilisons pour réaliser ces études doivent être adaptés, et il a été démontré qu'ils le sont pour ce type d'événements", soutient Jim Hurrell auprès de l'AFP. Cette fiabilité s'amenuise en revanche pour les événements plus localisés, comme les orages violents ou les tornades, les modèles manquant encore de précision, ajoute-t-il. Le manque de données fiables et de long terme dans certaines régions du globe affecte aussi les estimations pour certaines zones géographiques.
51 milliards de dollars de dommages et intérêts réclamés à plusieurs géants du secteur
Ce rapport pourrait nourrir les nombreuses actions en justice en cours aux Etats-Unis contre l'industrie pétrolière. Un comté de l'Etat d'Oregon réclame par exemple 51 milliards de dollars de dommages et intérêts à plusieurs géants du secteur, dont ExxonMobil, Shell et Chevron, qu'il juge en partie responsables de la vague de chaleur meurtrière qui a frappé la région en 2021. Voyant venir une menace pour leurs intérêts, la droite américaine et l'industrie ont cherché à discréditer les auteurs du rapport. Un blog lié à l'industrie pétrolière est ainsi parvenu à obtenir le retrait d'une chercheuse du groupe de rédaction après avoir exhumé l'une de ses publications sur les réseaux sociaux.
Bien au fait de toutes ces "rumeurs", Jim Hurrell affirme que cela n'a aucunement "affecté (son) travail en qualité de président du comité, et n'a pas non plus affecté le rapport final qui a été produit". Des élus républicains au Congrès ont aussi déposé une proposition de loi qui pourrait protéger les entreprises pétrolières de poursuites judiciaires sur leur responsabilité climatique. Dans le même temps, l'administration de Donald Trump a engagé des procédures contre plusieurs Etats ayant adopté des lois visant à faire payer aux grands pollueurs le coût des dommages climatiques liés à leurs émissions. Elle poursuit également le démantèlement de réglementations fédérales destinées à protéger l'environnement, notamment celles encadrant les émissions des véhicules.
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